Le conférencier rappelle qu’il y a seulement 20 ans, l’Europe de l’est et l’Amérique latine n’étaient pas libres. «Mais depuis, le mur de Berlin et les dictatures de parti unique imposées par l’URSS n’existent plus». L’ancien compagnon de Yasser Arafat regrette toutefois l’existence d’un mur en Palestine haut de 8 mètres et long de 300 kilomètres. «Le mur de Berlin s’est effondré, mais en Palestine il y a toujours ce mur qui sépare nos enfants de leur école», regrette Nabil Shaat. Sur les négociations de paix au Moyen-Orient, M. Shaat dénonce la politique d’Israël qui « appelle les Palestiniens à une table de négociations pour négocier une terre pour la paix alors que cette terre est occupée». Et de préciser : «Notre objectif n’est pas la conquête, nous voulons la paix».
Fransisca Sauquillo, vice-présidente de SOLIDAR salue pour sa part la lutte des peuples arabes pour leur émancipation du joug des dictatures militaires. Evoquant le cas de l’Algérie, l’oratrice rappelle le coup d’Etat militaire de janvier 1992 contre la volonté du peuple algérien. La représente de Solidar regrette la non implication des Algériens dans le mouvement associatif, citant un rapport d’un centre d’études algérien qui évoque l’existence de 80.000 associations alors que 90% des Algériens ne sont pas impliqués dans le mouvement associatif.
Parler de l’existence de prés de 100.000 associations en Algérie ne peut me laisser indifférent. Je prends alors la parole pour démentir ce chiffre en affirmant que si l’Armée a fait un coup d’Etat ce n'est surement pas pour permettre l’existence d’une vie associative. «Ce chiffre peut s’avérer vrai s’il s’agit d’associations de malfaiteurs. En Algérie, il n’existe pas de mouvement associatif autonome. Il y a des associations financées par le pouvoir et qui servent de machine électorale à l’occasion des élections». Je profite de l’occasion pour dénoncer la démarche de l’Union européenne dans le financement du mouvement associatif en Algérie, qui se fait dans un cadre peu ou pas du tout transparent.
(…)
11h00 : Plénière
Retour à la grande salle où se tiennent les plénières. Le débat avec les leaders de partis socialistes est modéré par le ministre de la défense de la Norvège. Il est jeune, pas du tout ventripotent, il est surtout intellectuel, donc loin des dirigeants de notre Armée.
«L’UE a tendance à regarder en interne…»
Le ministre norvégien prend la parole pour présenter le panel des invités. Dans son introduction, l’orateur fait remarquer que les sociaux démocratiques se trouvent bien plus dans l’opposition que dans les gouvernements, mais nous voulons bien qu’ils se trouvent dans le gouvernement et dans l’opposition.
Dénonçant le rôle timide que joue l’Europe dans les relations internationales, l’intervenant explique qu’il y a un problème de leadership dans ce monde. Selon lui, l’Union Européenne peut jouer ce rôle. «L’UE doit avoir l’influence conforme à son poids politique. Nous avons du mal à nous engager sur le plan extérieur, nous nous sommes enfermés…La prochaine présidence de l’UE doit parler d’une voix plus forte… L’UE a tendance à regarder en interne sans regarder ce qui se passe en dehors», regrette le modérateur.
Le Directeur général de l’OMC, Pascal Lamy regrette que l’Europe n’ait plus de pilote dans l’avion. «Nous avons besoin de leaders nationaux qui doivent trouver une solution sinon la crise sera pire qu’aujourd’hui», avertit le conférencier. Selon lui, le G20 a le leadership mais n’a pas de légitimité. «Lorsqu’on évoque les institutions, les pauvres préfèrent les nations unies», indique M. Lamy.
«Nous voyons l’émergence d’un pouvoir informel dans le monde»
Pour sa part, Eamon Gilmore député Irlandais déplore qu’aujourd’hui ce sont les marchés qui remplissent le vide, et qu’on se tourne vers ce que dit le FMI. Il appelle les Européens à développer des systèmes, car ils ne font que répondre au marché. L’orateur plaide pour un système démocratique multinational de gouvernance pour le monde. «Les institutions internationales doivent se réformer y compris les nations unies et les institutions de l’UE… Il serait judicieux de revoir la manière de fonctionnement des institutions…Nous voyons l’émergence d’un pouvoir informel, ce qui va porter préjudice à l’Europe», déclare , Eamon Gilmore. Ce dernier plaide pour le leadership collectif au niveau de l’UE et dénonce le leadership de deux pays (France et Allemagne). Il reconnaît toutefois que l’UE a progressé, et joue un rôle beaucoup plus actif sur le plan international notamment dans le processus de paix au Moyen-Orient.
Sharan Burrow, secrétaire générale de Confédération internationale des syndicats, dénonce le pouvoir des agences de notation. Selon elle, les dirigeants européens écoutent les agences de notation et non pas les citoyens. «L’UE a perdu son autorité morale», dénonce Mme Burrow. «Un politique qui croit qu’en s’attaquant aux travailleurs qu’il peut résoudre la crise, ne recevra pas nos cartes de vœux à l’occasion de Noël», affirme l’oratrice.
Le ministre norvégien de la défense enchaîne en disant que les pays qui se portent bien sont ceux où il y a des syndicats forts. «Pourquoi les pays scandinaves se portent toujours mieux que les autres ?», s’interroge-t-il.
Pascale Lamy affirme qu’il n’y aura pas de progrès si on ne travaille pas avec la société civile et les syndicats. «L’Internationale Socialiste n’est pas le creuset de cet effort pratique et théorique dont on a besoin», regrette-t-il.
«L’entente entre les islamistes et les sociaux démocrates, une nécessité durant la transition »
Sur la solidarité internationale, le représentant du parti tunisien Etakatol, Khalil Zaouia, membre de l’Assemblée constituante, explique que la réussite du processus démocratique en Tunisie et tributaire de l’économie. «Il y a 750.000 chômeurs en Tunisie sur une population de 10 millions », souligne l’orateur. Ce dernier demande aux pays de l’Europe de soutenir le tourisme tunisien. Le tourisme, selon lui, génère un million d’emplois, et qu’en 2010, le secteur a enregistré 50% de pertes. Il rappelle aux dirigeants de l’Europe que la politique de voisinage doit se baser sur la prospérité partagée.
Concernant la victoire des islamistes lors de l’élection de l’Assemblée constituante, Khellil rassure les Européens que l’entente entre les islamistes et les sociaux démocrates est une nécessité durant cette période de transition, en précisant que le parti islamiste a gagné 25% de l’électorat avec 40% de sièges. «Le parti islamiste n’a pas eu la majorité », souligne-t-il. Et d’ajouter : « Les islamistes sont encerclés par les démocrates»..
Un avis que ne partage pas le président du CHP Turc. Pour ce dernier, il n’existe pas d’islamistes modérés. Le leader du CHP dénonce la propagande voulant présenter le régime turc comme un modèle pour les peuples arabes. «Le nombre de journalistes emprisonnés en Turquie est plus important que celui en Chine. Nous voulons servir de modèle avec un démocratie et une liberté de la presse, mais compte tenu de la situation des libertés, la Turquie est loin d’être ce modèle », affirme l’orateur, sous une salve d’applaudissements.
Ce blogpost a été publié d'abord sur Algérie - Politique.